Les pollinisateurs en tant qu’indicateur des politiques publiques



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Il est de plus en plus nécessaire d’améliorer la manière dont nous surveillons l’impact et l’efficacité des politiques environnementales ou paysagères. Pour cette raison, BeeLife propose d'introduire un indice de pollinisation en tant qu'indicateur d'impact pour les politiques. Ayant besoin de mesures plus ciblées, les autorités, les mouvements de défense de la nature, les chercheurs et les citoyens en général peuvent trouver des alliés essentiels pour les pollinisateurs. L'indice pourrait aider à améliorer la responsabilisation, à surveiller l'efficacité des dépenses publiques et à indiquer quand des modifications sont nécessaires. BeeLife insiste sur l'importance de développer et d'appliquer un index de pollinisateurs en Europe.


Notre planète fait actuellement face à de nombreux défis importants. Le déclin de la biodiversité qui a explosé au cours de ces dernières décennies en est un. La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a partagé ses conclusions plus tôt cette année [1] et le défi à relever est de taille pour tous les citoyens: la société civile, les agriculteurs, les apiculteurs, les chercheurs et bien entendu, les législateurs et les décideurs. Ces deux derniers types acteurs ont aujourd’hui besoin de mesurer l'efficacité de leurs lois et de leurs politiques. Selon l'IPBES, le principal facteur affectant la qualité de notre environnement est l'intensification de l'utilisation des sols, principalement par l'agriculture, provoquant aussi une grande perte de la biodiversité, avec une réduction d'environ 75 pourcent de la biomasse d'insectes [2]. Par conséquent, les lois et les politiques qui ont un impact sur cela ont une influence particulière sur l'avenir de la faune et de la nature en général, mais aussi sur notre avenir!


Bien que la législation et les politiques relatives à l'agriculture soient la principale préoccupation, elles n'en excluent pas d'autres. En Europe, outre la politique agricole commune (PAC) [3], qui détermine en grande partie l'utilisation des sols, il existe également les directives “Habitats” [4] ou cadre sur l’Eau [5]. Une autre législation pertinente fait référence à l'autorisation et à l'utilisation de pesticides [6]. Il est désormais crucial d’évaluer les effets de la législation et de la mise en oeuvre des politiques publiques en lien avec la protection de l’environnement.


Il y a un besoin croissant de pouvoir chiffrer et d'améliorer les conditions environnementales. Ceci n’est pas uniquement dans l’intérêt des décideurs de mieux connaître l’efficacité de leur législation et de leurs politiques. La société civile demande également plus de transparence et de meilleurs résultats. La vulgarisation et la diffusion des résultats scientifiques sur le déclin de la biodiversité, la santé environnementale et la pollution croissante, ont convaincu les citoyens qui sont de plus en plus préoccupés par l'environnement au sein duquel ils évoluent [7]. Les manifestations et la montée en puissance de partis politiques verts qui se concentrent sur les questions environnementales, en particulier lors des élections européennes de cette année [8], en sont la preuve.


En outre, plusieurs initiatives citoyennes européennes (ICE) ont été enregistrées ces dernières années par la Commission. Par exemple, en 2017, à l'initiative de citoyens via plusieurs ONG, une initiative visant à interdire le glyphosate et à protéger les personnes et l'environnement des pesticides toxiques - Stop Glyphosate, a été lancée [9]. Cette ICE a recueilli plus d'un million de signatures et a contribué à interdire cet herbicide après que des chercheurs du monde entier eurent mis en doute son inocuité [10]. Actuellement, d'autres ICE poursuivent ces efforts de protection de l’environnement. La dernière en date, Save Bees and Farmers, dont BeeLife est membre, montre également l'implication de la société civile pour non seulement protéger les pollinisateurs mais aussi les agriculteurs qui utilisent des produits dangereux pour eux et l’environnement [11].


Pour mieux comprendre l'impact de la législation et des politiques, les autorités, les chercheurs et d'autres organisations ont déjà proposé plusieurs outils. Parmi eux, ils ont introduit un index papillon [12], un index oiseaux des milieux agricoles et un index d'oiseaux des milieux forestiers. Ces indices surveillent la population des espèces en question et servent de méthode pour mesurer d'autres conditions dans l'environnement.


En se focalisant sur la valeur que les pollinisateurs ont pour la santé des écosystèmes et sur la relation qu’ils entretiennent avec la flore, BeeLife propose également d’inclure également un index Pollinisateur. L’objectif est qu’il serve d’outil objectif pour suivre la performance réelle des politiques publiques et leur impact sur l’environnement. Comme pour les autres index, cela inclurait la surveillance des populations, des abeilles domestiques comme des pollinisateurs sauvages, et pourrait être un outil simple et utile pour surveiller la performance réelle des différentes législations mises en place et leur impact sur l'environnement. Cela pourrait aussi permettre de calibrer les dépenses publiques pour améliorer les décisions qui sont liées (directement ou indirectement) aux pollinisateurs.


L'indice pollinisateur incluerait les propositions suivantes:


  • Taux de pertes de colonies d'abeilles mellifères en hiver et / ou en été. L'une des principales sources de données à ce sujet est déjà disponible auprès de l’association COLOSS [13]. Une collaboration avec cette association et des projets qui ciblent la surveillance des colonies, des informations complètes peuvent être récupérées [14] [15] [16] [17] [18].


  • Abondance et richesse des pollinisateurs sauvages. Les données acquises par la surveillance à l'aide de pièges traditionnels ou de nouvelles technologies en cours de développement pour la numération des pollinisateurs seraient utiles pour mieux comprendre la situation sur le terrain. L'indice papillon serait également compris ici [19] [20].



Digital sensor under development for the Internet of Bees (IoBee) project of which BeeLife is a partner



  • Les pelotes de pollen collectées par les abeilles ont été analysées pour leur origine botanique et leur teneur en contaminants. En examinant les pollens, il est possible d’associer la richesse des ressources et la toxicité potentielle du contact direct ou indirect avec les produits phytopharmaceutiques utilisés en agriculture. Cela indiquerait également des liens possibles avec les pratiques de gestion des terres dans les zones proches des ruchers [21] [22].


  • L'emplacement et la période des plaintes déposées par les apiculteurs ou les naturalistes auprès des autorités suite à des phénomènes d’intoxication. Ceci nécessiterait une implication institutionnelle consistant à suivre et à mettre à disposition les informations. La connaissance du terrain - avec une source d’information primaire, est valorisée et nous permet d’avoir une indication qui fonctionne en synergie avec les autres paramètres de l’indice.


  • Calculer la quantité de miel ou de pollen produite par km2, y compris la productivité par colonie. En suivant ces facteurs à partir des données socioéconomiques de l'apiculture, en relation avec les paramètres précédents, l'indice bénéficie de suivis susceptibles d'indiquer des problèmes de disponibilité des ressources, de toxicité ou d'événements climatiques.



La mise en œuvre de l'indice pollinisateur pourrait aider les décideurs à mieux définir les objectifs et les stratégies. Grâce à une meilleure compréhension des défis actuels auxquels les pollinisateurs sont confrontés, ils pourraient améliorer la manière dont la législation et les politiques façonnent la gestion des terres.


Un autre élément clé de cet indice serait de permettre aux autorités de calibrer les dépenses publiques, en tenant compte d’un indicateur de la situation réelle sur le terrain. Avec la mise en œuvre de cet Indice en tant qu'indicateur d'impact, il sera possible de modifier, si nécessaire, la législation et les politiques qui ciblent les pollinisateurs. Cela permettrait notamment aux autorités d'identifier les lacunes ou les effets indésirables et d'élaborer des stratégies pour les contrer.


Enfin, l'indice constitue également une réponse aux plaidoyers de la société civile en matière de transparence. Cela permettrait aux citoyens de mieux comprendre les résultats des législateurs et des décideurs, avec une augmentation significative de la transparence et de la responsabilité. En outre, cela permettrait de vérifier que les autorités dépensent effectivement des fonds publics pour la préservation des biens publics. Compte tenu de l'intérêt croissant du public pour l'environnement et la protection de la biodiversité, cet indice pourrait répondre au besoin exprimé par la société civile quant à la prise de ses intérêts.


La Commission européenne envisage la création d'un index pollinisateurs dans le cadre de l'initiative de l'UE sur les pollinisateurs. Néanmoins, il n'a toujours pas vu la lumière et risque de rester en dehors de politiques clés telles que la PAC, toujours en cours de négociation en vue d'une réforme. BeeLife demande et promeut cet indice non seulement dans le cadre de la PAC mais aussi dans toutes les politiques publiques en lien avec la santé de l’environnement. BeeLife se met à disposition des institutions publiques et des chercheurs pour contribuer à sa création.


L'indice pollinisateur est un outil possible qui promet d'améliorer notre compréhension de l’impact de nos actions sur l'environnement. La mot